Dans mon dossier médical de maternité, une phrase m'a marquée à jamais : "a mal vécu son séjour à la maternité". Pas "a été mal accompagnée". Pas "aurait eu besoin de plus de soutien". Non. J'ai mal vécu. Comme si la responsabilité m'incombait entièrement.
Une amie médecin m'a récemment montré son propre dossier : "très agitée, risque de dépression post-partum" (alors qu'elle s'était énervée parce qu'on avait jeté son colostrum).
Elle et son mari sont tous deux médecins. Moi, j'avais suivi tous les cours de préparation à l'accouchement disponibles, y compris des préparations complémentaires réputées.
Pourquoi cette tendance à responsabiliser les mères plutôt qu'à questionner l'accompagnement proposé ?
Si les professionnels de santé reconnaissaient que l'accompagnement périnatal est souvent inadapté, il faudrait :
Augmenter les budgets hospitaliers
Recruter massivement des sage-femmes
Renforcer leur formation à la physiologie de l'accouchement
Développer l'accompagnement émotionnel
Les soignant.e.s travaillent déjà dans des conditions difficiles, sont sous-payé.e.s et surchargé.e.s. Ce combat supplémentaire pour plus de moyens n'est pas le leur aujourd'hui.
Mais cela ne doit pas conduire à faire porter la responsabilité aux mères.
On peut suivre tous les cours de préparation à l'accouchement, lire tous les livres sur le post-partum, pratiquer le yoga prénatal, apprendre les techniques de respiration…
Mais si on n'est pas entourées, cela ne suffit pas.
Les femmes n'ont pratiquement jamais eu à affronter un enfantement et un post-partum isolées dans l'histoire de l'humanité.
Dans toutes les cultures traditionnelles, les femmes qui accouchent et les nouvelles mères sont entourées d'un "village" :
D'autres femmes qui ont vécu l'expérience
Des grand-mères, des tantes, des voisines
Un soutien matériel et émotionnel constant
Une transmission de savoirs pratiques
Notre corps, notre cerveau, nos hormones ne sont pas conçus pour vivre cette expérience dans l'isolement.
C'est l'une des raisons principales des taux alarmants de dépression post-partum en France aujourd'hui (10 à 15% des mères selon les études récentes).
Malgré ce constat, je refuse de te laisser sans solutions concrètes. Voici les deux pistes qui peuvent réellement changer la donne.
Oublie les techniques, concentre-toi sur ta connexion intérieure.
Pendant ta grossesse, au lieu de te focaliser uniquement sur les positions d'accouchement, les protocoles à suivre ou les techniques de respiration, concentre-toi sur une chose essentielle : ta connexion à toi-même.
Peu importe la méthode que tu choisis :
Méditation de pleine conscience
Sophrologie
Yoga prénatal contemplatif
Journaling
Marche en conscience dans la nature
Ce qui compte, c'est de t'entraîner à :
Écouter ta petite voix intérieure
Lui faire de la place dans ton mental saturé
Lui faire confiance progressivement
En post-partum, tu vas recevoir des tonnes de conseils, souvent contradictoires :
De ta belle-mère
De tes ami.e.s
Des professionnel.le.s de santé
D'internet et des réseaux sociaux
Des livres de puériculture
Il y a de quoi être complètement perdue. S'il existait des formules magiques qui fonctionnent pour tous les bébés et toutes les mères, cela se saurait depuis longtemps.
Donc, que ce soit pour :
Ton vécu de grossesse
Ton accouchement
Ton allaitement (ou non)
Le sommeil de ton bébé
Ses pleurs
Ta récupération physique
Écoute-toi d'abord. Ton corps sait. Ton intuition sait ce dont tu as besoin. Ce dont ton bébé a besoin.
Attention : écouter son intuition ne signifie pas ignorer les alertes médicales importantes.
Si ton corps te dit que quelque chose ne va vraiment pas :
Douleur anormale et intense
Sentiment de danger imminent
Malaise profond
Saignements inquiétants
Symptômes inhabituels
→ Insiste pour être entendue par les professionnels de santé.
Ton intuition n'est pas opposée au savoir médical. Elle doit dialoguer avec des professionnels bienveillants qui respectent tes ressentis.
Certaines situations nécessitent une intervention médicale rapide. Faire appel à cette aide n'est ni un échec ni une faiblesse, c'est de l'intelligence et du courage.
L'écoute de soi, c'est aussi savoir quand demander de l'aide, quand dire "quelque chose ne va pas", et ne pas te laisser minimiser si tu sens un véritable danger.
Tu te dis peut-être : "C'est bateau comme conseil. Trop simple pour être vrai."
Mais voici ce qu'il faut comprendre : depuis notre enfance, on nous a appris systématiquement à NE PAS écouter notre petite voix intérieure.
Pense à tous ces moments répétés des milliers de fois :
"Finis ton assiette"
→ Message reçu : N'écoute pas ton corps qui te dit qu'il est rassasié. Écoute l'autorité extérieure.
"Ce n'est rien, arrête de pleurer"
→ Message reçu : N'écoute pas ta douleur, ton émotion. Elles ne sont pas valides ou légitimes.
"C'est moi le père / le médecin / le professeur / le patron"
→ Message reçu : Obéis. Ton ressenti personnel n'a pas de valeur face à l'autorité.
À chacun de ces moments, on apprend progressivement à :
Se dévaloriser
Ignorer les signaux de son propre corps
Ne pas faire confiance à soi-même
Chercher constamment la validation extérieure
Douter de son jugement
Se reconnecter à son intuition corporelle, c'est entreprendre une vraie reconstruction psychologique.

Il se peut que tu sois déjà profondément à l'écoute de ton corps. Que tu captes facilement les signaux. Que tu sentes intuitivement quand quelque chose ne va pas.
Dans ce cas, voici ce qui risque de se passer pendant ta grossesse et ton post-partum. Tu vas sentir très fortement que :
Ça ne va pas
On ne t'écoute pas vraiment
Les conseils qu'on te donne ne sont pas adaptés à ta situation
Ton bébé a besoin d'autre chose
Quelque chose cloche dans l'accompagnement
Mais tu vas te dire : "Ils savent mieux que moi" ou "C'est eux l'autorité, je dois me tromper".
C'est exactement ce que j'ai vécu personnellement. Je savais écouter mon corps. Je percevais clairement les dysfonctionnements. Mais je n'avais pas assez confiance en moi pour :
M'affirmer face aux blouses blanches
Insister quand on minimisait mes ressentis
Dire clairement "non, ça ne me convient pas"
Exiger un accompagnement différent
Si c'est ton cas, voici ce que tu dois te répéter chaque jour pendant ta grossesse et ton post-partum :
👑 "JE SUIS LA REINE DE MON ROYAUME"
Ton royaume, c'est ton corps.
"C'est mon corps. C'est moi qui commande. J'ai le pouvoir de décision."
Non pas pour rejeter toute aide ou conseil extérieur. Mais pour rester souveraine dans les décisions qui concernent ton corps et ton bébé.
La deuxième piste est tout aussi cruciale : préparer ton entourage, et particulièrement ton partenaire.
Même si tu deviens la reine ultra-intuitive de ton royaume, tu ne peux pas tout gérer seule. Voici pourquoi.
Quand tu accouches, tu vas partir ailleurs.
Ce n'est pas une image poétique. C'est une réalité physiologique. Ton cerveau doit se déconnecter. Tu dois entrer dans une sorte de bulle, un état presque méditatif, pour que ton corps puisse faire ce qu'il sait faire instinctivement.
Si tu restes en mode "alerte", si tu dois :
Réfléchir
Analyser
Négocier avec le personnel
Te défendre
Expliquer tes choix
→ Ton accouchement sera probablement plus long, plus difficile, plus douloureux.
Pour partir dans cette bulle en toute sécurité, tu dois te sentir protégée. Et c'est là qu'intervient ton partenaire (ou la personne que tu auras choisie pour t'accompagner).
C'est cette personne qui va :
Rappeler tes souhaits au personnel soignant
Protéger ton espace, ton intimité
Filtrer les interventions non essentielles
Dire "non" à ta place quand tu ne peux plus parler
Te permettre de lâcher prise complètement
Faire tampon entre toi et l'extérieur
Sans cette protection, tu devras rester en alerte. Et ton corps ne pourra pas accéder à sa pleine puissance.
Le post-partum est une période d'une intensité émotionnelle et hormonale que peu de gens anticipent vraiment. C'est possible que tu vives :
Des montagnes russes hormonales d'une ampleur jamais connue auparavant
Des nuits totalement hachées pendant des semaines ou des mois
Des doutes constants sur tes capacités
L'impression parfois de "devenir folle"
Une vulnérabilité émotionnelle extrême
Tu connais les variations d'humeur liées à tes cycles menstruels ? Multiplie cette intensité par 10. Ou par 100.
Un moment tu pleureras de joie en regardant ton bébé dormir. Une heure plus tard, tu seras frustrée qu'il ne dorme pas. L'après-midi, tu te demanderas si tu es une bonne mère. Le soir, tu auras peur de faire mal au bébé tellement tu es épuisée.
C'est normal. Ce n'est pas toi qui dysfonctionnes. C'est la physiologie du post-partum.
Et voici le rôle crucial de ton partenaire :
Comprendre ce que tu traverses sans paniquer
Dédramatiser sans minimiser tes ressentis
Ne pas chercher à "te sauver" ni à faire les choses à ta place
Être simplement là, solide, présent, stable
Te rappeler régulièrement que c'est normal et que ça va passer
T'encourager et te soutenir émotionnellement
Si ton partenaire n'est pas préparé à cette réalité, il va paniquer. Se sentir impuissant. Et vous allez vous éloigner l'un de l'autre au moment où vous avez le plus besoin d'être proches.
J'entends cette phrase constamment. Mon propre mari pensait ne pas avoir besoin de se préparer. "Je serai là, je t'aiderai, pas besoin d'en faire des tonnes."
Si c'est le cas de ton partenaire, voici mon conseil essentiel : vas-y en douceur. Ne le brusque pas.
Parce que s'il dit qu'il n'a pas besoin de se préparer, ce sont ses propres mécanismes de défense psychologiques qui parlent.
Lui aussi a été conditionné depuis son enfance :
"Les hommes ne pleurent pas"
"Les hommes sont forts"
"Un homme doit savoir gérer, se débrouiller seul"
Résultat : les hommes sont statistiquement beaucoup moins nombreux que les femmes à chercher du soutien émotionnel ou psychologique quand ils ne vont pas bien.
Forcer ne sert à rien. Ouvrir doucement la porte, en revanche, peut tout changer.

Pour mon mari, deux petites choses ont complètement changé sa perspective :
Format léger, drôle, non moralisateur
Il l'a dévorée en une soirée
Première fois qu'il comprenait vraiment ce qui se passait dans le corps d'une femme qui accouche
Je lui ai proposé qu'on l'écoute ensemble
Un papa racontait son expérience de manière ouverte et honnête
Entendre un autre homme parler de ses émotions, ses doutes, ses peurs
C'est ça qui l'a touché : la parole d'un autre homme qui ne jouait pas au super-héros, qui admettait ses vulnérabilités.
Le podcast "Gardiens de la Naissance" regorge de ces témoignages authentiques de pères.
Pendant la grossesse :
Pratique 10 minutes de méditation ou de sophrologie par jour
Tiens un journal où tu notes tes ressentis physiques et émotionnels
Pose-toi régulièrement la question : "De quoi ai-je vraiment besoin maintenant ?"
Entraîne-toi à dire "non" quand quelque chose ne te convient pas
Pendant l'accouchement :
Aie préparé une liste claire de tes souhaits (projet de naissance)
Fais confiance à ton corps pour te guider dans les positions
N'hésite pas à dire "stop" si une intervention te semble inappropriée
Mais reste ouverte aux interventions médicales si la situation l'exige
Pendant le post-partum :
Continue à te poser : "De quoi ai-je besoin maintenant ?"
Écoute ton instinct concernant ton bébé (sommeil, alimentation, portage)
Demande un deuxième avis si un professionnel minimise tes inquiétudes légitimes
Ressources douces pour commencer :
Offre-lui la BD "La Naissance"
Propose d'écouter ensemble un épisode du podcast "Gardiens de la Naissance"
Discussion progressive :
Commence par des conversations légères, sans pression
Partage tes propres peurs et besoins
Demande-lui quelles sont ses propres appréhensions
Objectifs clairs :
Qu'il connaisse tes souhaits par cœur pour l'accouchement
Qu'il comprenne la physiologie du post-partum
Qu'il identifie concrètement comment te soutenir
Qu'il sache qu'il peut aussi demander de l'aide pour lui
Soyons clairs : ces deux pistes ne vont pas compenser les défaillances systémiques. Elles ne vont pas :
Augmenter le nombre de sage-femmes
Améliorer les conditions de travail à l'hôpital
Réformer la formation médicale sur la physiologie
Créer du soutien institutionnel au post-partum
Le système doit changer. Et nous devons continuer à nous battre collectivement pour cela.
Mais en attendant, je refuse de laisser les femmes sans outils concrets. Ces deux pistes peuvent te permettre de :
Vivre ton accouchement avec plus de pouvoir
Traverser le post-partum avec plus de confiance
Te sentir moins isolée
Créer une vraie équipe avec ton partenaire
Si tu vis mal ton séjour à la maternité, ce n'est pas parce que tu es "mal préparée".
Si tu te sens "agitée" en post-partum, ce n'est pas parce que tu es fragile.
C'est parce que le système d'accompagnement périnatal est largement inadapté aux besoins physiologiques et émotionnels des femmes.
Mais tu peux reprendre du pouvoir :
En reconnectant avec ton intuition corporelle profonde
En préparant ton partenaire à être ton vrai allié
En sachant quand demander de l'aide médicale est nécessaire et intelligent
Tu es la reine de ton royaume. Et tu mérites d'être entourée, soutenue, respectée.
Si cet article résonne en toi, partage-le. Parce qu'on a toutes besoin de ce village qui nous manque tant.
Photos : Arren Mills / Unsplash, Anna Hecker Unsplash, Jeferson Santu / Unsplash
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