Maternité niveau 3 : mon expérience qui a tout changé

Quand j'attendais ma première fille, j'étais inscrite au CHU de ma ville. Maternité de niveau 3. Dans mon esprit, c'était l'évidence car ma fille était en siège : plus la structure est grande et équipée, plus je serais en sécurité. "Je suis dans une grande structure, ils ont forcément l'habitude, ils vont savoir m'accompagner."

Une amie m'avait dit : "Moi aussi je suis au CHU, au moins on a tout sur place, on est bien entourées." Je me sentais chanceuse.

Ce qui s'est passé ensuite a complètement changé ma compréhension de ce qui crée vraiment la sécurité pendant la grossesse et l'accouchement.

Mon parcours au CHU : quand l'équipement ne fait pas l'accompagnement

Dans ce CHU en particulier, voici ce que j'ai vécu :

Première consultation après la découverte du siège : proposition immédiate de césarienne programmée. Quand j'ai demandé si la voie basse était possible, on m'a regardée avec surprise. Comme si je prenais un risque inconsidéré.

Pourtant, les études scientifiques montrent qu'un accouchement en siège par voie basse, avec un accompagnement formé, n'est pas plus risqué qu'une césarienne pour les bébés en bonne position.

Deuxième étape : on m'a prescrit une radiopelvimétrie. Une radio du bassin pour "mesurer si le bébé peut passer". J'ai accepté, persuadée que c'était nécessaire. J'ai découvert plus tard que ces mesures n'ont quasiment aucune valeur prédictive fiable.

Accord final pour la voie basse : l'équipe a accepté, mais sans me soutenir réellement. Car finalement personne dans l'équipe était formée à accompagner un accouchement physiologique d'un bébé en siège.

Comme me l'a raconté Somsac dans le podcast Gardiens de la Naissance, ils étaient là physiquement mais absents dans l'accompagnement. Ils attendaient que je "fasse une erreur" pour justifier leur intervention.

Ce jour-là, j'ai compris quelque chose d'essentiel : le niveau d'une maternité ne dit rien sur sa capacité à accompagner la physiologie.

Ce que j'ai découvert dans une clinique associative à Bali

L'été dernier, j'ai eu la chance de partir en formation à Bali avec une sage-femme extraordinaire. J'ai visité sa clinique, Bumi Sehat.

C'est une structure associative à prix libre. Les familles payent ce qu'elles peuvent. Ils fonctionnent grâce aux dons, avec des bénévoles, les moyens du bord.

Rien à voir avec nos maternités occidentales ultra-équipées.

Et pourtant, quand tu regardes leurs résultats, c'est saisissant. Dans cette clinique, les taux de césariennes sont extrêmement bas. Les transferts en urgence rarissimes. L'utilisation d'instruments quasi inexistante.

Leur secret ? Ils respectent profondément la physiologie, du début de la grossesse jusqu'aux semaines suivant la naissance.

La préparation ne se focalise pas sur tous les risques possibles, toutes les complications potentielles. Elle se concentre sur la préparation physique et émotionnelle. Du couple, pas seulement de la mère.

Les sages-femmes sont formées à accompagner la physiologie de l'accouchement, pas seulement à gérer les complications. Elles connaissent l'allaitement sur le bout des doigts. Elles comprennent l'importance du lien d'attachement.

Le partenaire a un rôle énorme à jouer pour réduire les risques d'un accouchement

Ce qui m'a le plus marquée dans cette clinique

Leur approche quand un bébé est en détresse après la naissance est bluffante. Au lieu de couper immédiatement le cordon et d'emmener le bébé loin de sa mère, ils pratiquent la réanimation en pompant le placenta à travers le cordon. Le bébé reste contre sa mère, continue d'être oxygéné par le placenta, pendant qu'ils stimulent sa respiration. Leurs résultats avec cette technique sont impressionnants.

Des doulas bénévoles sont présentes pour soutenir les couples. Les chambres sont conçues pour accueillir toute la famille, y compris les autres enfants, aussi longtemps que nécessaire. Des repas nourrissants, faits maison, sont servis chaque jour.

Un détail qui en dit long : dans cette clinique, les taux de dépression post-partum sont extrêmement bas. Les témoignages des familles sont nombreux. Des histoires tellement puissantes que même des célébrités indonésiennes et des familles étrangères fortunées choisissent cette petite clinique à prix libre, alors qu'elles pourraient s'offrir n'importe quelle clinique privée luxueuse.

Les données françaises qui interrogent

Revenons en France.

Savais-tu qu'en 2022, seulement 2,2% des femmes ayant choisi d'accoucher à domicile ont eu besoin d'un transfert en maternité en urgence ?

La très grande majorité a accouché chez elle, accompagnée par une sage-femme formée, dans son environnement, entourée comme elle le souhaitait.

Ces femmes n'avaient pas de bloc opératoire à 30 secondes. Pas de service de néonatologie au bout du couloir. Pas de monitoring continu.

Ce qu'elles avaient : un accompagnement personnalisé, une professionnelle qui les connaissait, un environnement où elles se sentaient en sécurité.

Alors, qu'est-ce qui réduit vraiment les risques ?

Cette question me hante depuis mes découvertes.

Est-ce qu'on réduit les risques en multipliant les surveillances, les mesures, les protocoles standardisés ? En parlant constamment de tout ce qui pourrait mal se passer ? En créant un climat de peur et de stress ?

Ou est-ce qu'on les réduit en respectant la physiologie ? En préparant les femmes et les couples de manière globale ? En créant un environnement de confiance ?

Ce que nous savons scientifiquement : le stress et la peur ont un impact direct, mesurable, sur la physiologie de l'accouchement. Ils augmentent le taux de complications.

À l'inverse, un environnement sécurisant, un accompagnement continu par une personne de confiance, le respect du rythme naturel du corps : tout cela favorise un accouchement physiologique et réduit les interventions.

Ma position aujourd'hui

Je tiens à être claire : je ne suis absolument pas contre l'hôpital.

Quand il y a une vraie complication, une pathologie avérée, avoir accès à un plateau technique complet peut sauver des vies. C'est précieux. C'est essentiel.

Ce que je questionne, c'est notre rapport à la naissance en général.

Nous sommes allés très loin dans la médicalisation systématique. Dans la surveillance constante. Dans les protocoles rigides qui s'appliquent à toutes, indépendamment de leur situation spécifique.

Cette approche a créé de nouveaux risques : interventions en cascade, complications iatrogènes, traumatismes de naissance.

Et elle nous a fait perdre quelque chose de précieux : la confiance dans l'intelligence de nos corps.

Comment choisir ta maternité : les vraies questions à poser

Le choix de ta maternité et de la professionnelle qui te suit n'est pas anodin. Ce n'est pas "juste" un détail logistique.

Ce choix va influencer profondément ton vécu de grossesse, ton accouchement, et ton post-partum.

J'ai crée une checklist gratuite de toutes les questions à poser à ta maternité, disponible dans le pack des checklists de la grossesse.

Ton droit de changer de sage-femme ou de maternité

Une chose encore, essentielle : tu as le droit de changer. De changer de sage-femme. De gynécologue. De maternité.

Si tu ne te sens pas écoutée, pas respectée, pas accompagnée comme tu en as besoin : écoute-toi.

On change d'assurance, de banque, de fournisseur d'énergie quand ça ne nous convient plus. Pourquoi pas de professionnel de santé ?

Ton accompagnement pendant la grossesse n'est pas un luxe. C'est un droit. Et il peut faire toute la différence dans ton vécu.

Ressources pour t'accompagner dans ta grossesse

Il existe en France des professionnelles et des structures qui allient sécurité médicale et respect de la physiologie. Les sages-femmes qui pratiquent les accouchements à domicile ou en maison de naissance sont généralement très formées à l'accompagnement physiologique.

Certaines maternités sont plus engagées dans cette approche. La maternité des Lilas à Paris était un exemple magnifique (elle a malheureusement fermé il y a quelques mois). Mais il en existe d'autres.

Pour t'aider dans tes recherches et tes choix, j'ai créé deux outils gratuits :

  • Une checklist complète des questions à poser lors de tes rendez-vous, pour évaluer si l'accompagnement proposé correspond vraiment à tes besoins et tes valeurs.

  • Un générateur de projet de naissance interactif qui te permet de créer en quelques clics un document personnalisé, incluant tous les cas particuliers : diabète gestationnel, bébé en siège, grossesse gémellaire, césarienne, AVAC… De la grossesse jusqu'au post-partum.

    À ma connaissance, c'est l'outil gratuit le plus complet disponible actuellement.

Ce que je veux que tu retiennes

Le niveau d'une maternité ne détermine pas la qualité de ton accouchement. Ce qui compte vraiment :

  • L'approche de la structure : respect de la physiologie ou médicalisation systématique

  • L'accompagnement personnalisé : une personne qui te connaît vs une équipe qui tourne

  • L'environnement : te sens-tu en sécurité, écoutée, respectée ?

  • Ta préparation : physique, émotionnelle, en couple

  • Ton empowerment : connais-tu tes droits, tes options, ta capacité à choisir ?

Tu mérites un accompagnement qui te soutient. Qui te fait confiance. Qui respecte ton corps et ton bébé. Pas un protocole standardisé qui s'applique à toutes sans distinction.

Tu es unique. Ta grossesse est unique. Ton accouchement le sera aussi. Et c'est OK de le vouloir à ta manière.

Photos : Mart Production / Pexels, Hannah Barata / Pexels

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